Les jours situés entre le début et la fin des fêtes de Pessa’h et de Soukkot sont appelés ‘Hol Hamoed. Communément désignés comme les « jours intermédiaires », les mots « ‘Hol Hamoed » signifient littéralement « la part profane du temps fixé (autrement dit, de la fête) ».

Ce nom quelque peu paradoxal semble bien convenir à des jours où, à la différence des jours de fête proprement dits, « certains travaux sont interdits et d’autres permis ».1

Cependant, comme le Talmud lui-même en témoigne, il peut être quelque peu difficile de déterminer quels types de travaux sont interdits et lesquels sont permis ces jours-là.2

Pour comprendre pourquoi, il faut examiner la source et la raison de l’interdiction de travailler pendant ‘Hol Hamoed.

Qui dit qu’il est interdit de travailler pendant ‘Hol Hamoed ?

Le Talmud de Babylone cite plusieurs passages de la Torah qui laissent fortement entendre que le travail est interdit pendant ‘Hol Hamoed.3

Le Talmud conclut :

Il est enseigné dans une autre baraïta : Le verset dit : « Pendant six jours, tu mangeras du pain sans levain, et le septième jour sera une assemblée solennelle en l’honneur de l’Éternel ton D.ieu ; tu n’y feras aucun travail. »4 Si tel est le cas, de même que le travail est interdit le septième jour de la fête, il l’est aussi pendant les six jours intermédiaires [car le mot « et » dans « et le septième jour » rattache celui-ci aux jours précédents]. Si tel est le cas, peut-être que, de même que tout travail est interdit le septième jour, tout travail l’est aussi pendant les six jours intermédiaires, même lorsqu’il permet d’éviter une perte irréparable.

Il est dit : « Et le septième jour sera une assemblée solennelle [littéralement, atséret] en l’honneur de l’Éternel ton D.ieu ; tu n’y feras aucun travail. »5 (Le mot atséret vient de la racine a-ts-r, qui signifie « s’arrêter ».) Cela indique que seul le septième jour est frappé d’une interdiction de tout travail, tandis que les six autres jours ne sont pas frappés d’une interdiction de tout travail [mais seulement de certains travaux. Puisque la Bible ne précise pas quels travaux sont interdits], le verset a donc confié cette question aux Sages exclusivement : à eux de dire quel jour le travail est interdit et quel jour il est permis, et, de même, quel travail est interdit et quel travail est permis.

Certains commentateurs, comme Rachi (Rabbi Chlomo Its’haki), expliquent que, bien que l’interdiction de travailler pendant ‘Hol Hamoed soit effectivement d’origine biblique, la Torah a délibérément laissé aux Sages le soin de déterminer quels types de travaux sont interdits.6

D’autres, comme les Tossafot, expliquent qu’en réalité, l’interdiction de travailler n’est que d’origine rabbinique (comme le laisse entendre le Talmud de Jérusalem7). Les passages cités dans le Talmud constituent ce qu’on appelle une asmakhta (parfois traduite par « allusion »). Dans ce cas, au moyen d’une asmakhta, la Torah laisse fortement entendre qu’elle ne veut pas que nous travaillions pendant ‘Hol Hamoed et que cela pourrait contrevenir à « l’esprit de la fête ». Néanmoins, la Torah a laissé aux Sages le soin d’instituer l’interdiction et d’en définir les modalités concrètes.8

Pourquoi le travail est-il interdit pendant ‘Hol Hamoed ?

Dans le Talmud de Jérusalem, l’un des Sages exprime l’idée que le travail est interdit pendant ‘Hol Hamoed afin que chacun puisse consacrer du temps à l’étude de la Torah tout en célébrant la fête autour de mets et de boissons.9

Selon Maïmonide,10 il est interdit de travailler pendant ‘Hol Hamoed afin que ces jours ne soient pas considérés comme des jours de semaine ordinaires, dépourvus de toute sainteté. Bien que ‘Hol Hamoed ne soit pas désigné comme un Chabbat (à la différence des jours de fête), il est néanmoins qualifié de « convocation sainte », et c’était une période où l’on apportait le sacrifice de ‘haguiga au Temple.

Maïmonide poursuit : puisque l’interdiction vise à empêcher que ce jour soit considéré comme un jour de semaine ordinaire à tous égards, seuls certains types de travaux sont interdits, tandis que d’autres sont permis.

D’autres expliquent que le principe fondamental des lois de ‘Hol Hamoed est que l’on doit profiter de la fête. Ainsi, les activités qui y contribuent sont permises, tandis que celles qui y font obstacle, surtout si elles demandent des efforts excessifs, sont interdites.11

Quels travaux sont interdits ?

En règle générale, tout travail interdit un jour de fête l’est également pendant ‘Hol Hamoed (à l’exception, par exemple, du transport d’objets dont on n’a pas besoin ce jour-là, du déplacement d’objets mouktsé et de l’allumage d’un feu). Cependant, cinq grandes catégories de travaux sont permises pendant ‘Hol Hamoed.12

Les cinq grandes catégories de travaux permis sont les suivantes :

a) Tsorkhei hamoed – ce qui est nécessaire pour la fête (par exemple, on peut construire une Soukkah pendant ‘Hol Hamoed).

b) Davar haaved – un travail qui, s’il n’est pas fait maintenant, entraînera une perte financière (par exemple, si des employés sont certains de perdre leur emploi en ne travaillant pas pendant ‘Hol Hamoed, ils peuvent travailler [sinon, l’inquiétude que leur causerait cette perte pourrait les empêcher de se réjouir]).13

c) Poel chéène lo ma yokhal – les travailleurs qui n’ont pas assez à manger peuvent travailler pour gagner de quoi subvenir à leurs besoins pendant la fête.

d) Tsorkhei rabim – les besoins de la collectivité.

e) Maassé hediot – les travaux simples, qui ne nécessitent pas de compétence particulière (par exemple, il est permis de réparer [sans recourir à une technique spécialisée] un instrument de musique).

En définitive, bien des travaux sont permis, mais il reste de nombreuses activités auxquelles il faut prendre garde pendant ‘Hol Hamoed. Il convient aussi d’éviter les activités pénibles qui exigent un effort excessif.14 Ainsi, par exemple, il convient de s’abstenir de faire des affaires, d’écrire, de coudre, de faire la lessive ou de déplacer des meubles lourds (sauf si l’une des exceptions ci-dessus s’applique).

Célébrer dans la joie

Se réjouir pendant ‘Hol Hamoed est une mitsva d’origine biblique, tout comme nous avons le commandement de nous réjouir les jours de fête eux-mêmes.

Concrètement, cela signifie que, même si l’on n’y est pas absolument tenu, il convient de s’efforcer de se laver rituellement les mains et de prendre chaque jour un repas avec du pain (hamotsi), ainsi que de boire un reviit de vin (environ 9 cl). Il est également de coutume de porter pendant ‘Hol Hamoed de plus beaux vêtements, voire ses habits de fête,15

Transformer le profane

Bien que nous ayons traduit « ‘Hol Hamoed » par « la partie profane (ou ordinaire) de la fête », les maîtres ‘hassidiques expliquent qu’à un niveau plus profond, ces jours portent le nom de ‘Hol Hamoed parce que le service divin qui leur est propre consiste à transformer le profane (‘hol) en fête (moed).16

En effet, comme nous l’avons mentionné plus haut, les Sages du Talmud expliquent que la célébration de ‘Hol Hamoed et l’interdiction de certains travaux visent à nous faire consacrer davantage de temps à l’étude de la Torah et à renforcer notre lien avec D.ieu.

Pour en savoir plus sur les lois de ‘Hol Hamoed et sur ce qu’il convient de faire ou d’éviter, consultez ‘Hol Hamoed – les « jours intermédiaires » de la fête.