Cette semaine, j’ai rencontré un groupe d’adultes qui, à certains égards, resteront à jamais des enfants.
Tout a commencé par un appel téléphonique que j’ai reçu de « Rayim », une organisation qui propose des programmes et des services aux adultes présentant des troubles du développement.
Elle organisait une sortie d’une journée pour l’un de ses groupes, établi à Monroe, dans l’État de New York. Hackensack se trouvant à mi-chemin, ses responsables pensèrent que ce serait un excellent endroit où faire halte pour faire la prière du matin, et prendre le petit déjeuner.
Nous avons été heureux de les accueillir dans notre Beth ‘Habad.
Lorsque les minibus sont arrivés, je suis sorti les accueillir.
Je dois être honnête : voir des adultes, dont certains avaient bien plus de cinquante ans, voire plus de soixante, se comporter comme des enfants est déstabilisant. Cela crée une forte impression de dissonance : leurs corps sont manifestement ceux d’adultes, mais leur comportement ne l’est pas.
(Un grand bravo aux bénévoles et aux accompagnateurs. Votre travail ne doit pas être facile, et pourtant je vous ai vus vous occuper des personnes dont vous aviez la charge avec amour et sensibilité. Vous accomplissez une grande mitsva.)
Mais, après avoir accueilli mes invités, j’ai compris qu’il me fallait dépasser ma première réaction et trouver comment créer un lien avec eux. Et le mot « enfants » a justement été la clé qui m’y a aidé. Je me suis rendu compte qu’ils possédaient en réalité toutes les plus belles qualités des enfants : l’innocence, la passion, la curiosité et des âmes d’une immense pureté.
Pendant qu’ils savouraient leur petit déjeuner, l’un des accompagnateurs m’a demandé de partager quelques mots avec le groupe. N’ayant pas le temps de me préparer, j’ai dû réfléchir vite (ou plutôt commencer à parler sans beaucoup réfléchir…), et je me suis donc appuyé sur la première idée qui m’est venue à l’esprit : celle selon laquelle « le Roi est dans le champ » à l’approche de Roch Hachana.
Vous connaissez peut-être cette célèbre parabole ‘hassidique :
D’ordinaire, le roi se tient retiré dans son palais, et obtenir une rencontre en tête à tête avec lui relève presque de l’impossible. Cependant, lorsqu’il quitte son palais et parcourt les champs, il est accessible à tous et accueille ses sujets avec un large sourire.
Pendant le mois juif d’Eloul, le mois qui précède les Fêtes Solennelles, notre Roi, D.ieu, est « dans le champ » – plus proche et plus accessible que durant le reste de l’année.
En racontant cela à mes invités, je me suis souvenu d’une conversation que le Rabbi avait eue avec un jeune enfant au sujet de cette même parabole.
Enfant, Yanki Herzog prit l’avion avec sa famille de Londres à Brooklyn pour passer les Fêtes Solennelles auprès du Rabbi. Lorsqu’ils entrèrent dans le bureau du Rabbi pour une audience privée, celui-ci passa quelques minutes à s’entretenir avec Yanki et à lui poser des questions sur ses études.
Voici ce qui se passa (tel que Yanki le raconta au projet « My Encounter » de JEM) :
« As-tu étudié la parabole du roi dans le champ ? » demanda le Rabbi.
« Oui », répondis-je.
Le Rabbi insista : « Et as-tu déjà rencontré le roi dans le champ ? »
Quelque peu déconcerté par cette question, je ne répondis pas.
Le Rabbi me donna alors lui-même la réponse : « Chaque fois que tu prononces les mots “Baroukh ata Hachem”, qui signifient “Béni sois-Tu, D.ieu” et ouvrent chaque bénédiction, tu as rencontré le roi dans le champ. »
J’ai raconté cette histoire au groupe.
Certaines personnes ont l’impression que D.ieu est quelque part au loin, très haut dans les cieux. Mais cette histoire nous rappelle qu’Il est ici même, avec nous ! Lorsque nous récitons une bénédiction, nous disons « Tu », parce que nous savons qu’Il est proche de nous, qu’Il accorde du prix à chaque mitsva que nous accomplissons et qu’Il nous soutient tout au long du chemin.
Ce qu’ils avaient entendu leur plut et, à vrai dire, j’avais moi aussi besoin de l’entendre (ne sommes-nous pas tous des enfants au fond ?). Les rois et les champs sont peut-être des notions auxquelles il n’est pas si facile de s’identifier, mais l’explication du Rabbi les rend beaucoup plus concrètes.
D.ieu est ici même, à nous attendre avec un large sourire. Il nous suffit d’aller vers Lui et de Le saluer.

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