Question :
Dans la mesure où le Talmud est une œuvre fondamentale du judaïsme, pourquoi n’a-t-il pas été écrit en hébreu, comme la Bible et la Michna ? L’hébreu n’est-il pas considéré comme « la langue sainte » ?
Réponse :
Avant d’examiner pourquoi le Talmud fut écrit en araméen, un bref aperçu de l’histoire de cette langue s’impose.
L’araméen est une langue ancienne qui existe depuis plus de trois millénaires. Ce fut la langue officielle des premiers États araméens, devenant plus tard la langue commune, ou lingua franca, des empires assyrien et perse.
On trouve même un peu d’araméen parsemé dans la Bible. Un exemple est l’expression yegar sahadouta, prononcée par Laban l’Araméen (Genèse 31, 47).
Le Talmud de Jérusalem1 relève d’ailleurs que l’araméen est présent dans les trois sections de la Bible : la Torah (les cinq livres de Moïse),2 les Neviim (prophètes)3 et les Ketouvim (écrits).4
Par la suite, durant la période de l’araméen moyen (environ de 200 avant l’ère commune à 200 è.c.), l’araméen commença à se scinder en deux grands groupes dialectaux : les langues araméennes orientales et occidentales.5
Les langues araméennes occidentales étaient largement utilisées dans la région alors sous domination romaine (et plus tard byzantine). Le Talmud de Jérusalem, composé en Israël, est écrit dans un dialecte araméen occidental. Les langues araméennes orientales prospérèrent dans l’Empire perse, et par conséquent le Talmud de Babylone, écrit en Babylonie sous domination perse, est écrit dans un dialecte araméen oriental.
À l’époque michnaïque, les traductions bibliques connues sous les noms de Targoum Onkelos et Targoum Yonathan furent écrites en araméen occidental. Selon certains, ces traductions araméennes de la Torah (targoumim) faisaient à l’origine partie de la tradition orale remontant à Moïse au mont Sinaï.6
Lorsque les Juifs revinrent en Israël de l’exil babylonien et construisirent le Second Temple, ils parlaient principalement l’araméen, tandis que l’hébreu, « la langue sainte », était réservé aux matières sacrées, comme la prière, et n’était pas utilisé pour les activités sociales et commerciales ordinaires. Le Talmud fut donc écrit en araméen, la langue des masses, afin qu’il soit accessible à tous. Après tout, le but de l’étude est de comprendre ce qui a été appris pour pouvoir l’incorporer dans nos vies.
De l’araméen à l’arabe
Plus tard, durant les conquêtes islamiques, l’araméen fut dépassé par l’arabe comme langue commune du Moyen-Orient. C’est ainsi que nombre des plus grandes œuvres juives, comme celles de Rav Saadiah Gaon et de Maïmonide, furent écrites en arabe.
Accomplir une mitsva
La toute dernière mitsva de la Torah est l’obligation pour chaque Juif d’écrire un rouleau de Torah, comme le précisent les versets : « Maintenant, écrivez pour vous ce cantique, et enseignez-le aux enfants d’Israël. Placez-le dans leur bouche, afin que ce cantique soit pour Moi un témoin pour les enfants d’Israël. »7 Le Talmud explique que ces versets indiquent une obligation pour chaque personne d’écrire toute la Torah.
Dans un discours fascinant, le Rabbi de Loubavitch explique que l’écriture du Talmud en araméen constituait un accomplissement de cette mitsva. Comment ?
L’éminent talmudiste Rabbi Acher ben Yé’hiel (vers 1250-1327), appelé « le Roch », écrit que dans les époques antérieures, lorsqu’il nous était interdit de mettre par écrit la Loi orale, un rouleau de Torah était le seul texte que les Juifs pouvaient effectivement utiliser pour étudier. C’était donc aussi le seul moyen d’accomplir la mitsva d’écrire un rouleau de Torah. De nos jours, cependant, quand il est permis de mettre par écrit la Loi orale, et que le rouleau de Torah est conservé à la synagogue pour les lectures publiques plutôt que d’être utilisé comme texte d’étude, il est possible que l’obligation d’écrire un rouleau de Torah soit aussi remplie en acquérant d’autres livres saints qui peuvent servir à l’étude.8
Ainsi, lorsque les sages écrivaient leurs œuvres en araméen ou en arabe, ils ne répondaient pas seulement à des considérations pratiques ; ils accomplissaient la mitsva d’écrire la Torah. Car après tout, la mitsva consiste à écrire la Torah de manière que les gens puissent apprendre et comprendre. Si la plupart des Juifs parlaient ou comprenaient l’araméen ou l’arabe, alors c’était la langue à utiliser pour accomplir la mitsva d’écrire une Torah.9
La mitsva d’écrire une Torah s’applique non seulement aux éditeurs et aux auteurs, mais à chaque personne. C’est pourquoi le Rabbi encourageait constamment chacun à acquérir des textes juifs pour leur foyer (au minimum, les ouvrages de base comme le ‘Houmach, la Michna, le Talmud, la loi juive) dans une langue qui leur permette d’apprendre et de comprendre. Le Rabbi fit aussi de cette mitsva l’une de ses dix campagnes de mitsvot.
Maintenant que vous savez pourquoi le Talmud fut écrit en araméen, il est temps d’aller acquérir vos propres livres juifs. Non seulement vous accomplirez une mitsva, mais vous pourriez même y apprendre quelque chose de nouveau !

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